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Articles avec #prison - criminologie tag

Liens internet: criminologie et prison

Publié le par Ricordeau Gwénola

Prisons
Ban Public

Un site d'information très complet -et militant- sur le système carcéral.

Soutien aux enfants de détenu-e-s
Eurochips
Association européenne

Forums pour les proches de détenu-e-s




Faits divers
Troisième Oeil
L'actualité du crime et de S.Bourgoin, le spécialiste français des serial-killers.

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Prisons: une filmographie

Publié le par Ricordeau Gwénola

Benigni R., 1998, La vie est belle, 117’, fiction, Bac Films, couleur.

Bertrand R., 2003, Justice pour Zamani, 56’, documentaire, Le Compte-gouttes, couleur.

Blanc A.-M., 2002, L’amour à l’ombre, 90’, documentaire, Son et Lumières – France 2, couleur.

Buscemi S., 2000, Animal factory, 98’, fiction, Bac Films, couleur.

Carré J.-M., 1991, Femmes de Fleury, 60’, documentaire, tf1 Production – Les Films Grain de sable, couleur.

Carré J.-M., 1991, Femmes de Fleury, 2- Laurence, 30’, documentaire, Les Films Grain de sable, couleur.

Carré J.-M., 1992, Femmes de Fleury, 1- Prière d’insérer, 65’, documentaire, Les Films Grain de sable, couleur.

Carré J.-M., 1992, Femmes de Fleury, 3- Les enfants des prisons, 52’, documentaire, France 2 – Films Grain de sable, couleur.

Cayatte (André), 1952, Nous sommes tous des assassins, 115’, fiction, ugc Jolly Film – Labor Films, noir et blanc.

Collectif, 1991, Il n’avait que le droit de mourir, 27’, documentaire, L’Envolée, couleur.

Demme J., 1974, Cage heat, 83’, fiction, couleur.

Deraime S., 1992, Naître en prison, 60’, documentaire, France 2, couleur.

Drévillon E., 1999 (6 janvier), Prison en famille, 30’, documentaire, Des racines et des ailes – France 3, couleur.

Frankenheimer J., 1962, Birdman of Alcatraz, 147’, fiction, Norma Productions, noir et blanc.

Hart H., 1971, Des prisons et des hommes, 90’, fiction, mgm prod., couleur.

Hill J., 1972, The big bird cage, 88’, fiction, New world pictures, couleur.

Hirschbiegel O., 2003, Das Experiment, 115’, fiction, couleur.

Karabey H., 2001, Mort silencieuse, 85’, documentaire, couleur.

Karlin D., 1991, Justice en France, 90’, documentaire, VF Films Production – France 2, couleur.

Kennedy H., Bide P., 1996, Maman derrière les barreaux, 60’, documentaire, France 2, couleur.

Kusturica E., 1984, Papa est en voyage d’affaires, 135’, fiction, couleur.

La 5e, 1999 (22 octobre), Les enfants nés en prison.

La 5e, 2000 (17 mai), Chambre d’amour et bracelet électronique.

Lang F., 1931, M le Maudit, 105’, fiction, Nero Film, noir et blanc.

Levy C., 1984, Breakout, documentaire, couleur.

Lopez Riaño I., 2000, Les maisons hantées, 26’, fiction, noir et blanc.

Lynghøft L., 1999, Pink prison, 87’, fiction, Inoocent pictures, couleur.

Parker A., 1978, Midnight Express, 120’, fiction, couleur.

Pighetti O., 2000, Entre espoir et parloir, 80’, documentaire, La 5e, couleur.

Reichenbach F., 1980, Houston Texas, 105’, documentaire, Gaumont Distribution, couleur.

Siguret C., Pietri C., 1997, Mamans en prison, 45’, documentaire, Les Films Grain de sable, couleur.

Tavernier B., Tavernier N., 2001, Histoire de vies brisées. Les double peine de Lyon, 110’, documentaire, Pierre Grise distribution, couleur.

Toutin M., Papon D., 1991 (2 février), Bruit de taule, 90’, documentaire, La marche du siècle, France 3, couleur.

Victor R.,1991, De jour comme de nuit, 109’, documentaire, noir et blanc.

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Das Experiment

Publié le par Ricordeau Gwénola

Das Experiment :

de l’expérience du professeur Zimbardo,

de ses conclusions et de l’éthique dans les sciences humaines.


Le film Das Experiment du cinéaste allemand Olivier Hirschbiegel est sur les écrans français depuis le 21 mai. Il est tiré du livre de Mario Giordano, Black box, lui-même inspiré de l’expérience, devenue classique en psychologie sociale, menée par le professeur Philip Zimbardo en août 1971, à l’Université de Stanford, aux Etats-Unis.
P. Zimbardo s’est dissocié du film, critiquant, dans de nombreux entretiens, la version, selon lui outrancière, que le cinéaste a donné de l’expérience. Or il semblerait que l’attitude du professeur aujourd’hui est essentiellement le résultat de son refus avéré, depuis 1971, de tirer toutes les conclusions psychologiques et éthiques de son travail.

L’expérience tourne mal…

Le but de l’expérience, menée au Département de Psychologique de l’Université de Stanford, était d’explorer les comportements d'individus, considérés comme normaux, placés dans un environnement carcéral. A cet effet, un quartier de détention, plus vrai que nature, avait été conçu dans les sous-sols de l’Université.
Les personnes retenues pour l’expérience, prévue pour durer deux semaines, étaient des étudiants, tous des garçons de bonne famille, issus de la classe moyenne, qui ont été sélectionnés pour leur absence de trouble psychologique. La répartition entre ceux qui tiendraient les rôles de détenus et de surveillants a été laissée au hasard (par tirage au sort). En d'autres termes, les cobayes – car c’est bien de cela qu’il s’agit – n'étaient pas des êtres particulièrement violents, ni asociaux, ni dépressifs. En un mot, c’étaient des hommes ordinaires.
Dès le deuxième jour de l’expérience, une rébellion a éclaté du côté des prisonniers. Les gardiens, déroutés, ont rapidement laissé libre cours à leur violence, répondant à la révolte des prisonniers par des pratiques d’humiliation et de déshumanisation (coups, brimades, etc.). Le staff des chercheurs a dû alors fréquemment rappeler aux gardiens de s’abstenir de telles pratiques. Mais les pires actes se sont passés au milieu de la nuit, lorsque les gardes supposaient que le staff ne les surveillait plus.
En l'espace de quelques jours, les gardes sont devenus complètement sadiques et les prisonniers, eux, nettement dépressifs et très stressés.

Le monstre est ailleurs que dans l’être humain…

La principale conclusion de l’expérience a été de considérer l’importance des circonstances pouvant altérer les personnalités individuelles : en bref, chacun peut agir comme un monstre, s’il est placé dans certaines conditions. L’expérience de Stanford est en effet une démonstration de comment des personnes ordinaires (en l’occurrence des étudiants issus des classes moyennes) peuvent agir d’une façon qu’ils ne l’auraient jamais imaginé.
Cette remarque vaut pour les deux groupes d’étudiants, les surveillants et les détenus. Un être jugé normal et équilibré, lorsqu'il est soumis à des conditions extrêmes d’humiliation, de violence, etc. peut s'écraser complètement, perdre toute estime de soi et manifester d’un état dépressif extrême. Au contraire, lorsqu'on donne à l’individu une parcelle de pouvoir, il peut se révéler le pire des monstres. La violence n'est pas quelque chose d'inné, heureusement, mais elle a à voir avec le pouvoir. On le sait bien, « le pouvoir est maudit »…
SI les comportements violents ou sadiques ne sont pas innés, cela signifie que chacun peut être amené à agir ainsi. Bien sûr, dans l’expérience, le passage à l’acte est facilité car, a priori, tous les individus ayant accepté de participer à l’expérience ont également accepté de fait la possibilité d’être retenu pour jouer le maton. Mais l’expérience montre aussi que les « bonnes personnes » ne le sont jamais assez pour empêcher les abus des autres. En fait, les différences individuelles importent vraiment très peu face à des situations extrêmes. Les cadres institutionnels développent leur propre vie indépendamment des vœux, des intentions et des buts de ceux qui les font marcher.
L’expérience de Zimbardo a lieu quelques années seulement après celle de Milgram sur la soumission à l’autorité. En 1965, le professeur Milgram montrait comment des individus, persuadés de participer à une expérience sous l’autorité de savants, acceptaient, relativement facilement, d’accomplir des actes de torture (en l’espèce l’envoie de décharges électriques normalement mortelles). Les participants aux expériences de Zimbardo et de Milgram ont été bouleversés, lorsqu’ils en ont appris par la suite les tenants et aboutissants, de découvrir leur potentialité à « faire le mal ». Et nous aussi, mais avec cette question vertigineuse : « et moi, comment aurais-je agi ? »
Autre observation importante : en quelques jours, les individus sont dominés par le rôle qu’on leur a demandé de jouer. En bref, ils oublient qu’il s’agit d’une expérience, d’un jeu (même si la rémunération tend à rendre le rôle plus « sérieux »). Très rapidement, les participants à l’expérience sont devenus de vrais gardiens et de vrais prisonniers. Les jeunes hommes jouant le rôle de prisonniers se présentaient par leur numéro de matricule, et les gardiens tenaient à imposer leur autorité sur les prisonniers, et se sentaient collectivement défiés si un prisonnier manquait de respect à l’un d’eux. Les uns comme les autres étaient complètement dans leur rôle : ils semblaient tous avoir perdu conscience qu'il s'agissait d'une expérience, et surtout qu’elle était prévue pour s’achever au bout de quinze jours…

 

Le piége

Mais les étudiants n'ont pas été les seuls à se laisser prendre au jeu. Les parents et amis des cobayes, invités à visiter les prisonniers, ont eux aussi accepté les règles établies par l'équipe du professeur Zimbardo. Personne n’a semblé choqué et n’a demandé l’arrêt de l’expérience. Il y a également un prêtre, officiant d’ordinaire en prison, qui est venu rencontrer les participants de l’expérience.
Mais il n’y a pas que les comportements des participants à l’expérience qui doivent être discutés et analysés. En effet, le staff des chercheurs a été pris au piège de sa propre expérience, et c’est là que l’expérience devient véritablement inquiétante, car elle échappe brutalement à ses concepteurs.
Le professeur Zimbardo – et c’était incontestablement là une erreur de sa part –, au lieu de se placer à l'extérieur de l'expérience, à titre d'observateur, s'était assigné le rôle de superviseur de la prison. Or, les chercheurs, tellement absorbés par leur rôle, n’ont pas vu que la situation se détériorait. Ils ont perdu toute distance critique. Ainsi, quand un des prisonniers a craqué, éclatant en sanglots, puis piquant une vraie crise de rage, la première réaction du staff a été de penser à une simulation. Il leur a fallu deux jours pour qu’ils admettent que le participant à l’expérience était vraiment en grande souffrance psychologique et qu'il devait se retirer de l’expérience.
Par la suite, quand la rumeur d'une tentative d'évasion est parvenue aux oreilles des superviseurs, leur réaction a été de préparer un plan pour l'éviter. Ils ont ainsi passé une journée complète à discuter de la façon dont ils pouvaient contrer cette tentative, oubliant même qu'en tant que chercheurs en psychologie, ils auraient d’ailleurs du s’attarder au phénomène de la rumeur en milieu carcéral !
L'expérience a été arrêtée au bout de six jours. Le professeur Zimbardo n’a pas réalisé par lui-même que les débordements dans lesquels l’expérience se fourvoyait rendaient impératif son arrêt. C’est en fait la visite d'une jeune diplômée en psychologie, venue conduire des entrevues avec les gardiens et les prisonniers, qui a permis au staff de réaliser que les règles éthiques avaient été violées depuis longtemps. Un peu à la façon du « Roi est nu ! » lancés par les enfants dans le conte d’Andersen, cette étudiante était la première personne qui posait un jugement moral et objectif sur l’expérience.

Quand la psychologie sociale sert de caution à la trash tv…
P. Zimbardo avait été sévèrement critiqué par les comités d'éthique, et a donc échoué à mettre en place d'autres « expériences réelles ». Mais, aujourd'hui président de l'American Psychological Association, P. Zimbardo s’est trouvé tout naturellement un nouveau champ d’expérimentation avec la « télé réalité ». Il a effectivement fait une apparition remarquée (et très discutée dans la communauté scientifique) avec The Human Zoo. Cette série documentaire a été produite en 2001 par la compagnie anglaise London Weekend Television, pour la chaine cablée américaine Discovery Channel, puis diffusée au Québec (sous le nom de Faune Humaine) et en Grande-Bretagne.
Le principe n’est pas original, puisque cela consiste à filmer un groupe d’individus enfermés. Par contre, il n’y a rien à gagner, car ce n’est pas un jeu, mais bien une leçon « réelle » de psychologie sociale. En effet, P. Zimbardo, et un psychologue britannique, Mark McDermott, donnent à l’émission sa caution scientifique en expliquant aux téléspectateurs les comportements des cobayes humains. Par exemple, un participant est invité dans une pièce pour une réunion avec un groupe d'inconnus, qui sont en fait des acteurs. De la fumée s'échappe de la porte. Une sirène se met à hurler mais le groupe fait comme si de rien n'était. Zimbardo explique : l’individu est prêt à risquer sa vie pour rester au diapason du groupe. En revanche, un participant dès le départ seul dans la pièce réagit en moins de deux minutes et s'enfuit. Cela renvoie aux comportements de certains gardiens dans l’expérience de Stanford qui sont incapables de faire entendre leur opposition aux comportements violents de la majorité.
On savait que les personnes qui acceptent de se prêter aux conneries de la « télé réalité » se ridiculisent, mais de là à en faire des prétextes à la vulgarisation scientifique, il y a un troublant cynisme. Si l’expérience de Stanford était une formidable démonstration des effets de l’incarcération, il n’en reste pas moins que le manque de précautions éthiques était extrêmement périlleux. Mais l’impudence avec lequel le professeur Zimbardo se prête à la « télé réalité » peut laisser de sérieux doutes sur son analyse des débordements de son expérience de 1971. C’est peut-être aussi pour cela qu’il se dissocie aujourd’hui du film Das Experiment, qui en pousse très justement au bout la critique.


A l’automne 1971, George Jackson était assassiné à la prison de San Quentin et éclatait à Attica une des mutineries les plus sauvagement réprimées de l’histoire des Etats-Unis. L’expérience de Stanford venait de montrer, quelques mois auparavant, que les prisons sont, selon P. Zimbardo, « aussi mauvaises pour les surveillants que pour les prisonniers en raison de leur conséquences destructives sur l’estime de soi, le sentiment de justice et de la compassion humaine. » Oui, les prisons sont foncièrement mauvaises pour les individus. Mais si au début des années 70, aux Etats-Unis, le nombre de détenus baissait, doucement mais sûrement d’environ 1% par an, et qu’on évoquait encore la possibilité de la décarcéralisation, dix ans plus tard, a eu lieu un tournant répressif qui ne s’est pas démenti depuis, puisqu’il y a désormais plus de deux millions de prisonniers aux Etats-Unis (et plus de 60 000 en France, sommet historique également).
Mais au-delà, c’est dans toutes les situations où se pose la question des choix moraux, que l’on sait que les personnalités ne sont pas figées et que l’identité se construit par rapport aux autres. De quoi être optimiste, non ?


Certes, le film d’Olivier Hirschbiegel ne reproduit pas exactement le déroulement de l’expérience de P. Zimbardo, car justement il en pousse les logiques au-delà de la réalité – qui a été heureusement moins dramatique que la version présentée dans la fiction –. Mais allez voir Das Experiment, on n’en ressort pas indifférent à ce Mal ni désignable, ni absolu. Comme l’écrivait Hannah Arendt à propos de Eichmann :

« les actes étaient monstrueux, mais le responsable […] était tout à fait ordinaire, comme tout le monde, ni démoniaque, ni monstrueux. Il n'y avait en lui trace ni de convictions idéologiques solides, ni de motivations spécifiquement malignes, et la seule caractéristique notable qu'on décelait dans sa conduite […] : ce n'était pas de la stupidité, mais un manque de pensée. »

 

A voir :

http://www.prisonexp.org

Milgram (Stanley), La soumission à l'autorité, Calmann-Lévy.

Arendt (Hannah), Eichmann à Jérusalem, Gallimard.


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